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Je n'ai pas l'intention de vous bassiner en permanence avec ma nombreuse famille ( qu'encore qu'il y aurait de quoi faire
) mais là, faut que je vous dises un truc.
Oui, il me faut bien l'avouer, ma maman à moi, c'est John McEnroe.
Enfin, disons que si ce n'est pas exactement lui, elle doit appartenir à la même secte.
Ou alors, ils ont subis tout les deux les effets les mêmes radiations de kryptonite.
Ou alors, je comprends pas.
J'explique en deux mots mon trouble :
Ma maman, elle va sur ses 73 ans.
A première vue, elle a l'air normale.
Et très belle.
En gros, vous prenez Sophia Loren, vous lui enlevez dix centimètres en hauteur, vous gardez les mensurations de poitrine, de hanches
et de de taille, et vous obtenez ma maman.
Bon, dans vot' p'tite tête, vous n'oubliez pas que nous parlons de Sophia Loren à 73 ans.
Cette petite dame, a vécu une guerre mondiale, une guerre civile de sept ans, un exil, trois grossesses, des deuils à la pelle, une
agression violente avec col du fémur en l'air, un veuvage et quelques autres menus problèmes au cours de sa vie.
Elle a donc, trois enfants, cinq petits enfants, trois soeurs et deux beaux-frères, un autre beau-frère et deux belles soeurs et une
quantité proprement anormale de plantes vertes dans son chez-soi.
Rien d'extraordinaire.
Ce qui la rend légèrement différente de la moyenne, c'est l'inversion des anniversaires.
Elle rajeunit tous les ans.
Comme John McEnroe.
Entendons-nous bien, chaque mois de juillet lui apporte une année de plus.
Et lui enlève au passage une couche de d'ombre de devant les yeux.
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Je la sens de plus en plus en paix avec elle-même et l'indulgence, l'ouverture face au monde qui nait de cette paix est si
rayonnante qu'elle touche tout ce qu'elle approche.
Elle prend tout ce qui passe.
Elle sait que rien ne doit être perdu.
Qu'il ne sert à rien de gâcher son temps sous le fallacieux pretexte du chagrin ou de la solitude.
Le chagrin, tu fais avec.
Et si tu ne le mets pas au dessus du vivant,
il accroit l'urgence de chaque instant.
Dans sa solitude,
elle déploie une science de la perfection de l'immédiat
étonnante.
Chaque geste quotidien est magnifié par le soin qu'elle apporte à le vivre.
Et le regard porté sur ce qui l'entoure s'ouvre chaque jour un peu plus.
Là où d'autres se rancissent dans la fatuité de l'expérience, elle ouvre des yeux comme de soucoupes et n'attend que d'être
étonnée.
Elle a compris que la meilleure façon de vieillir était de se devoir d'être heureux.
Qu'il s'agissait autant de survie que d'élègance.
Et quand on est Sophia Loren et que l'on a plus de patate que McEnroe,
l'élègance, on choisit pas.
On incarne.
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