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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 06:40

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C'était le début de l'automne. Ici,le soleil avait à peine changé, la lumière du matin à peine blanchie. Il avait fallu partir en catastrophe. Deux jours pour tout organiser, l'appartement, la petite, les promesses faites que je ne pourrai pas tenir. Mon frère m'avait dit, "Vas-y, toi qui ne fais rien de ta vie.". J'avais pris ses mots en pleine face mais que répondre ? Vrai que ma vie ne semblait pas si remplie que cela au regard de ses obligations ou de celles de notre soeur. Et qu'il fallait bien que quelqu'un y aille. Combien de temps ? Impossible de le savoir, tout dépendrait de sa rapidité à se remettre de l'accident, à organiser son quotidien, de ses besoins de présence. Alors, trois semaines, un mois, deux mois, comment savoir ?

Je n'ai presque pas dormi avant de partir. Une vie vide se révèle plus compliquée à quitter qu'on ne pourrait le croire. Un arrêt à Montpellier pour une dernière fête, une nuit de train hébétée de fatigue et d'angoisse et je retrouvais la gare de St Jean sous la pluie d'octobre. 

St Jean, épicentre des douleurs, bain révélateur qui toujours m'avait mise à nue. Lieu des espoirs, des acceptations, des humiliations aussi parfois. Chaudron bouillonnant des familles, obligation du clan, impossible solitude. 

J'ai remonté le pont de la Nivelle, pris à gauche par l'ancien quartier des conserveries. Les nouveaux bâtiments d'habitation se suivaient au long du quai, jolis, neutres, les yeux morts. J'ai pris par le talus au raz de l'arrière des immeubles. Je retrouvais un peu de l'ancien chemin, celui qui longeait Saupiquet et sentait si fort certains jours.

La pluie s'est faite cinglante, salée, le vent d'ouest rabattait ma veste, les pieds trempés, je suis arrivée chez ma mère transie, le ventre creux. La porte s'est refermée doucement dans ce silence des immeubles bien tenus. Le poids de la douceur de l'appartement m'est tombé sur le dos. J'ai posé mon sac, enlevé mes chaussures, les pieds sur le parquet tiède, j'ai regardé les murs.

 

 

 

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Published by Sardine - dans Mémoires vives
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