Mes mains sont sur toi
La note du oud s'éteint
Le silence m'appartient
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Thé indien ou noir de Chine
Quelques graines de cardamone
Miel
Lait
Eau qui frémit sans faire trop de bruit
La première fois que je l'ai bu
A Paris un soir d'hiver
Sur la Butte aux Cailles
Chez un amant de demi-saison
Dans la pénombre de cinq heures
Il faut mettre d'abord le thé
Puis la cardamone
La canelle dans la théiere.
Ajouter l'eau en filet
Verser délicatement le lait
Et le miel dans les tasses.
Les mélanger légèrement .
Un filet d'or arrondi
Se pose sur le lait.
Quand la couleur vous plait
Verser doucement le thé fumant
Après, il faut avoir froid
Et serrer très fort la tasse dans ses mains.
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Quand j'étais une très petite jeunette de printemps
J'ai eu une révélation.
Une vraie.
De celles qui te marquent pour la vie toute entière
jusqu'à ta mort et orientent le moindre de tes choix.
Je rentrais benoîtement de l'école, rien de spécial à l'horizon,
Pas de comète traversant le ciel
Ni de trompettes retentissant dans les nuées.
Rien.
Mais tout à coup, entre deux pensées vagues
Une évidence, une fulgurance,
la Vérité frappant à la porte de mon cerveau :
Quoi que l'on fasse, on trouve toujours moyen de vivre jusqu'à l'heure de sa mort.
Ca n'a l'air de rien, mais il ne faut pas oublier que je n'avais encore jamais
Entendu parler de Monsieur de la Palisse.
Les implications induites par cette révélation s'enchaînèrent dans mon esprit à la vitesse d'une réaction moléculaire :
Pourquoi me prendre la tête pour organiser ma vie puisque je serai vivante jusqu'à ma mort ?
C'est ainsi que je devins la petite fille la moins obsédée de son avenir qu'il me fût donné de connaitre.
Pas une glandeuse, ni une roublarde, non,
Juste une inadaptée chronique incapable de s'inquieter de ses jours futurs.
Je ne peux pas dire que cette particularité de caractère
A amené la paix et la sérennité à mon entourage au fil des années.
Non, franchement, on peut pas dire.
Mais elle n'a pas eu que de mauvaises conséquences.
Bien sûr, je n'ai pas fait les études qui auraient dû être les miennes,
Je n'ai pas fait de carrière
Et mes coups de tête n'ont que peu fait rire
Mes banquiers au cours du temps qui passait.
Mais, je n'ai, en contre-partie, jamais travaillé pour des cons plus de quelques semaines, je ne suis jamais resté à ma place et je n'ai que bien rarement laissé ma langue dans ma poche.
J'ai appris une vingtaine de métiers différents et suis autant capable de monter un mur de pierres à la chaux ou de poser une toiture en ardoises taillées à l'ancienne, que d'organiser
des réunions de marketing, faire l'attachée de presse ou rédiger un texte sur commande.
Naturellement, je sers aussi en terrasse, fais valser les friteuses à la demande et repasse en pressing entre deux postes de chargée de clientèle ou de truc-muche au fond d'un bureau.
Tout ça pour vous dire, qu'au-delà de tous les inconvénients de ma révélation, je ne regrette pas mes choix.
La majorité d'entre eux tout au moins.
Ainsi, je n'ai jamais, ou presque, gagné ma vie avec mes passions.
De moins en moins, en fait.
Plus je vieillis, plus je suis sensible à la morale et à la déontologie.
Et c'est pas pratique pour manger.
Mais c'est mieux, pour dormir.
Vu de l'intérieur, les milieux universitaires et enseignants, ceux de presse ou d'édition, les associatifs et les créatifs, les gens de scènes ou de lumière, n'ont plus que leur être à te donner.
Et, ce n'est franchement pas toujours reluisant.
Je n'ai pas su faire à l'époque avec les compromissions nécessaires
Je le regrette pour deux trois trucs,
Comme ces duchmol d'études d'histoire jamais finies qui me manquent tant aujourd'hui.
En toute modestie (tu parles...), ce ne sont pas les connaissances qui me manquent, mais, la peau d'âne.
Celle qui me permettrai de trouver une planque au smic quelques heures par jour au lieu de faire valser les friteuses au fond d'un snack avant de cavaler à l'autre bout de la ville pour trifouiller mes archives.
L'envie du piston et de l'emploi fictif me gagne, ça doit être un effet de l'hiver finissant, ça va passer.
Je le sais.
Et finalement, les frites, c'est pas si mal, au moins t'as la conscience nette, à défaut d'avoir les mains propres.
Surtout si tes frites sont chaudes et que tu n'oublies pas le sel.
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Ce matin la Bête est revenue.
Pourtant, ça faisait longtemsp qu'elle s'était cassée, cette conne. (
Oui, ce matin, je vais dire des gros mots, parce que.Point barre).
Et puis, faut pas pousser, elle n'était pas partie, juste endormie,
quoi.
J'avais oublié que ça ne part jamais, ces saloperies.
Et là, au réveil, la claque.
La crise d'angoisse, la vraie, la gratinée.
Celle qui te met les tripes à l'envers, te scie les jambes et fait trembler tes bras.
Où t'en arrives à avoir du mal à marcher droit.
A croire que même ton oreille interne broie du noir.
Comment expliquer aux Normaux ce qu'elle est ?
Comment parler de ce crabe invisible, gâcheur de temps qui ne se rattrape jamais ?
Pasque va expliquer, toi, que "oui, tu as tout pour être
heureuse " ,
que, "non, ça ne suffit pas de le savoir"
que, "non, tu n'y peux rien, que ce n'est pas un problème de volonté."
Une crise d'angoisse, c'est un peu comme une dent éclatée :
sur le moment, t'as beau te raisonner,
t'es sûr que la douleur ne partira jamais.
Quand j'avais vingt ans, la Fidèle Compagne ne me quittait guère.
A force, t'apprends à faire avec,
tu fais presque copain-copain avec le monstre
Tu cesses de faire chier le monde avec ça
Tu fais gaffe de ne plus te foutre en l'air toutes les cinq minutes
Tu évites soigneusement les urgences-psy
Tu te félicites de chaque moment,
Chaque jour où tu ne t'es pas fracassée
Où tu as goûté quelque chose de bon, de vivant
A l'époque, je rêvais d'avoir une Vraie maladie
Quelque chose de bien sanglant, purulent et visible
Légitime, non-discutable
Le genre de maladie qui crée la crainte et le respect appitoyé autour de toi.
Mais des vrais malades
Des qui se battent pour ne pas crever trop vite
Des qui ont cessé de se battre et qui sont morts
J'en ai autour de moi.
Et je me vois mal leur dire : "Z'y va, file moi ta merde.
Toi, elle te fait chier et moi, elle me serait bien utile pour crever en règle."
En pleine crise, j'en arrive à envier les copains qui se sont réussis
(Sales cons. Je ne vous pardonnerai jamais de ne plus être là)
Et même ceux qui ne demandaient rien et qui ont pris la route au mauvais moment
(oui, Edouard, un jour je leur raconterai ton histoire et comment que t'étais un mec bien).
J'avais oublié la force d'une bonne crise.
Parce que bon, ma folie et moi, depuis déjà pas mal d'années, on avait passé un accord :
je faisais semblant d'avoir envie de continuer et elle, de son côtè, ne venait plus me faire chier un jour sur deux.
Et puis les dépressifs-chiants, c'est comme les mauvais chanteurs :
ça va un temps, après, faut se reconvertir.
Alors, je sais bien que la crise passera comme elle est venue.
Que je vais me réveiller ce soir ou demain de ce brouillard
Les muscles douloureux et une fatigue énorme sur les épaules.
Mais en attendant
Je vais en chier pendant quelques heures
Voir quelques jours.
Et je ne voulais plus de ça.
J'ai plus la force de mes vingt ans.
Un copain plasticien au sourire de lutin
Me parle parfois de sa peur intime que l'on ne découvre un jour
Qu'il n'est peut-être qu'un imposteur.
Lui, parle d'Art.
Mon imposture à moi, c'est d'être vivante.
Un jour, ils vont tous se rendre compte que ce n'est pas vrai.
Que seuls les fantômes me sont familiers.
Que les Vivants, les Normaux, me font l'effet d'athlètes de
haut-niveau
Quand je rame pour parcourir cinquante mêtres de ma vie.
J'ai pas envie que l'on me bassine avec les sempiternelles bonnes raisons de vivre
Et gna gna gna, et ton enfant et ta famille et les p'tits oizeaux et tous les gens qui t'aiment
Et toutes ces possibilités que tu n'as pas encore explorées...
Et ben oui, banane, le propre du dépressif, le vrai,
C'est que tout ça, ça suffit pas à vaincre sa peur
Si c'était le cas, ça se saurait.
Et c'est là, que les Normaux commencent à perdre les pédales.
L'anneau de Moebius
Le serpent qui se mord la queue.
Par principe, par essence, l'Angoisse, la vraie, la pathologique
Elle te paralyse la volonté et le désir
Elle est rebelle à la logique et se démerde très bien
Pour retourner tous les raisonnements constructifs.
Alors, je vais attendre que ça passe.
Essayer de contrôler ma tête et mon ventre.
Me répéter que tout ce noir n'est qu'un symptome
Une construction de ma psychée
Que ça partira comme c'est venu.
Mais, merde, qu'il va être long ce week-end.
Encore un vieux texte, je l'aime bien, même si j'ai avancé depuis et que les crises d'angoisse se font plus rares.
Quand elles arrivent, le bouleversement et toujours le même...
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Il y a des gens qui s'intègrent à vous dès la première rencontre.
Bonne ou mauvaise,
Amicale ou agressive,
Ces gens-là ne quittent plus votre mémoire ni votre pensée.
Sans plus raison que de légitimité,
Vous savez intimement qu'ils ont trouvés place
Dans le cirque intérieur.
J'en porte comme nous tous
Quelques-uns dans mes bagages
Certains ont mis vingt ans à trouver leur espace dans ma vie
D'autres se sont installés de suite et n'ont plus bougé.
La plupart ne savent pas qu'ils forment mon être autant que mes intimes
Qu'ils sont tous ces parcelles de moi dont je ne peux me passer.
Nul besoin de les voir ou d'être proche d'eux
Ils existent et cela suffit.
Alors en litanie impudique
Non exhaustive
Et sans autre fonction que de faire résonner
En moi
Leur musique
Les plus grands, les plus infimes
Quelques morceaux d'humanité irremplaçables
A Corine, avec un seul n,
A Laurent des îles,
Pour Benoit ou Géraldine,
Au sourire de la Grande et à la méfiance du Medhat,
A la grogne écorchée vive du Gaël
Et à la mauvaise foi craquant de l'incroyable Val,
A la douceur trouble de Jean-Michel
Et aux infinis du Ménard,
A la Gravier tant qu'on y est, même les mauvaises pierres forment des routes.
A ce garçon du train dans les montagnes en été,
Au rire de Nanou
A la moue de Danielle,
A la fragilité de Caroline
Et la force de Christine
Au Grand pour ses faiblesses qui décuplent mes forces
A la Belette.
Mais il y en a bien d'autre à rajouter depuis...

Mère posée en douleur de vie