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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 10:09

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J'ai, pour les histoires d'amour, un truc infaillible pour ne pas souffrir

Si un homme m'émeut, me bouleverse, je m'en tiens le plus éloignée possible

Je le fuis et je me ferai écorcher vive à la pince à épiler rouillée plutôt que de l'avouer

 Ensuite, au calme et tranquille, je bâtis mon histoire à deux du dedans de mon crâne

Arrivée à la fin du récit, j'introduis l'inévitable rupture, le chagrin et la peine

A ce stade, je soufre un bon coup et je vais me coucher

Ne reste ensuite, qu'à retrouver mon bel équilibre de célibataire

L'avantage de cette procédure réside dans sa rapidité d'exécution

Et son économie de moyens

Pas de cris, pas de drame, pas de désillusions, de compromis, d'angoisses

J'épargne l'autre, lui évite bien du temps perdu et des forces gaspillées

 

Ah, une voix dans mon oreillette me dit qu'il semblerait que parfois, il se peut 

Que les histoires d'amour aboutissent à des dénouements heureux

 

Ben voyons, et les marmottes elles plient le chocolat dans le papier d'argent, aussi?!

 

 

 

 

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 06:32

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La Grande m'avait téléphoné un après-midi de soleil à la fin de l'été. J'étendais du linge sur la terrasse, la forêt se défaisait tout doucement de ses feuilles, l'air était tranquille. Je me souviens m'être assise par terre, les jambes soudain absentes, les mots explosaient, coincés dans la gorge, miettes inavalables.

C'était un jour de rentrée scolaire, j'avais laissé ma fille à l'école maternelle et rentrée à la maison, j'avais savouré mon café au soleil à l'heure même où il était mort.

Je ne l'ai pas crue, la Grande, c'était juste impossible. La croyance et moi, n'avons jamais fait bon ménage.

Je n'ai pas pu le voir, je n'ai pas pu y croire.

J'avais perdu la légitimité de le pleurer longtemps auparavant.

Mais les années ont passées, la peine ne s'est pas allégée, plus lourde à chaque fin d'été.

Il est resté, avec mon père, la perte la plus intime, la moins partageable.

Depuis, rire grinçant du destin, mes septembres se sont alourdis d'autres peines, d'autres pertes.

Celui qui vient à peine de commencer, déjà, lui aussi, allonge la liste des voix disparues.

 

 

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 10:10

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Le physique est souvent trompeur et peu fiable.

 

J'ai des pieds délicats, fins, légers, 

Attendrissants comme des pieds d'enfants

Souples et arrondis, la cheville fine et déliée.

 

Ils ont aussi une attirance coupable pour les plats.

 

Ils s'y vautrent voluptueusement

L'expression a dû être inventée pour eux

 

Des pieds de danseuse à la grace d'un quinze tonnes

 

Aussi, je les surveille de très près

Je veille à l'intégrité de vos porcelaines

 

 

 

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 07:43

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C'était il y a si longtemps qu'il me semble parfois n'avoir pas vécu cette vie-là. Un temps qui me ressort par les bribes de mémoire, toujours plombé de pluie et de ciels bas. Même l'arrivée à Marseille n'avait pas changé la lumière de nos jours. Un trou gris comme il y a des trous noirs. Un vortex lent, dévoreur de mouvement et de clarté.

Mes ongles étaient rongés et mon corps pesant se traînait en s'économisant.Rasant les murs, l'oeil vers le bas, le geste peureux. Englué de lourd sans s'en apercevoir. 

Mais Marseille est têtue, c'est une ville-chèvre qui jamais ne s'avoue vaincue.

A coups de bruits, de rires et de cris, de corps rapides, courant de rues en placettes, elle a soulevé un coin du manteau. S'est engouffrée dans le moindre interstice, a multiplié les miroirs des regards et des mots, m'a forcé à regarder le soleil se lever.

 

C'était aussi le temps du début de la Toile déchaînée, quand elle échappait à ses créateurs sans bien savoir encore où elle allait. Une petite fenêtre où passaient des brins d'herbe folle et des sauts périlleux époustouflants. 

Le premier réveil est venu de là. Un vieux regard qui se souvenait, l'étonnement de se savoir vivante dans une mémoire. L'émotion de se savoir au coeur d'un pantai* si vivace qu'il avait traversé le temps.

Et un jour, au détour d'une brassée de liens, des mots brisés, des cris si articulés que tu ne pouvais passer à côté sans y risquer ton humanité. Une voix délicate, usée, où les ordures se mêlaient à la sanie, la beauté la plus pure à la bonté la moins mièvre. Un combat incessant pour être, un abandon des pudeurs et des masques. Une évidence à dire le mal, un besoin impérieux de le nommer.

 

Il a fallu encore bien des années pour sortir du vortex gris. Mais ces deux rencontres, l'une surgissant du passé, l'autre du néant, l'une habitée d'un corps et l'autre sans même un visage, sont à l'origine du premier frémissement, de la première poussée.

 

Merci à vous deux.

 

 

 

.* rêve, vision, songe, projet irréel, rêverie consciente

 



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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 12:10

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N'en déplaise aux esprits chagrins des dogmes amoureux

Avant que d'un caractère ne m'apparaisse le charme

C'est bien d'un physique que me vient le trouble vertigineux

 

Du mouvement lié de la hanche à la jambe

Du dessin des mains longues ployées aux poignets

De l'attache fine du cou au creux du col entrouvert

De la danse d'un dos long et osseux élégance sobre

 

Je voudrais n'être sensible qu'à la qualité de l'âme

Au scintillement de l'esprit

A la clarté de cristal des qualités humaines

 

Mais la fesse nerveuse couronnement des cuisses

Mais les lèvres ourlées au sourire entrouvert

Mais la taille élevée en peuplier ployant

Mais le torse étendu calme soufflet

 

L'esprit sans la chair

Ne me suffira jamais

Mais la chair abondante

N'est pas l'aliment

 

De mon imaginaire

 

 

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 13:16

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Alerte

Le phénomène revient

Va falloir agir

Reprendre les exercices respiratoires et mentaux

Les mantras du déni

 

Il ne se passe rien

Il ne se passe rien

Il ne se passera rien

 

Le calme doit revenir

Parce que

Et puis c'est tout

 

Pas question d'halluciner mon monde

Il doit resté ancré dans la réalité

C'est déjà pas simple

Quand ma tête est vide

Mais si je la laisse se remplir

De ce qui n'est pas

Ce deviendra impossible

 

Il ne se passe rien

Il ne se passe rien

Il ne se passera rien

 

C'est pas de l'interdit de vie

De l'impossibilité d'aimer

C'est juste de la protection minimale

Ma tête est dangereusement fragile

L'imaginaire lui est peu recommandé

J'ai arrêté de rêver comme on arrête de fumer

Par souci de santé

 

Il ne se passe rien 

Il ne se passe rien

Il ne se passera rien

 

On n'est pas tous égaux

A l'alcool, la fumée ou l'amour

Certains peuvent sans danger

S'y frotter, s'y piquer, s'y vautrer

Sans y laisser d'autres traces

Qu'un peu d'adrènaline, de picotements de l'âme

D'autres non

 

Nous nous y dévorons à la première bouffée

A la première goulée

Au premier geste

Tout pour nous y est danger

 

Il ne s'est rien passé

Il ne se passe rien

Il ne se passera rien

 

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 05:46

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L'anniversaire du mois de mai n'a pas changé. Depuis douze ans maintenant, je passe un coup de fil au lieu de deux. Ma mère n'arrive pas à passer ce coup de fil unique, ça coince, c'est douloureux et la douleur inutile, elle l'évite. Même si pour cela elle doit en provoquer une chez l'autre. Car enfin, lui aussi vit l'absence depuis douze ans, ce n'est pas de sa faute à lui si ils ont la même date d'anniversaire. Je suis allée le voir il y a quelques semaines. J'ai revu leur soeur aussi juste avant, ça faisait longtemps. Il est venu me chercher devant l'église pour que je me perde pas dans ce dédale d'allées et de bâtiments. Je l'ai vu arriver de loin, petite silhouette voûtée, se hâtant précautionneusement. Je n'étais pas venue à Toulouse depuis que mon père y avait été hospitalisé. Je ne l'avais pas revu lui depuis six ans. Le temps et moi ne faisons pas bon ménage. Je l'ignore, le méprise, il m'attaque, me vole l'instant, saccage ma vue. Assise dans sa cuisine, j'ai pris un café avec eux comme je l'avais fait quelques jours plus tôt en Lorraine, dans la vieille maison que leur soeur maintient intacte, moins comme un musée que comme un défi aux hommes et au temps. Rien ne bougera là-bas qu'elle ne le veuille et elle ne le veut pas. Comme d'habitude lui et moi, avions envie de rire et de parler d'histoire ou de politique, de faire des jeux de mots stupides et de se passionner sur un point de grammaire ou de philo. Et comme d'habitude sa femme, cette tante qui n'avait jamais compris nos pudeurs bruyantes, est venue exploser notre complicité à coup de jérémiades et de reproches. "et ta mère nous ignore, et ton frère, et ta soeur, la famille, les devoirs, ce qui se fait, ce qui se doit et moi, et moi, et moi." Pour ne pas l'entendre elle, j'essayais de le faire parler, lui. Je fabriquais des perches énormes, des passerelles interdites où lui seul pouvait s'engager. On a parlé du XII° siècle et des guerres de religion du XVI°, des élections à venir, des livres qu'il voulait encore lire. Le prof passionné, le chercheur qu'il avait été, passeur fou de savoirs, remontait jusqu'à ses yeux, changeait sa voix, son rire éclatait. Mais la voix de chèvre aiguë parasitait tout et par habitude un peu lasse, il l'a laissé prendre la place, s'étaler en suintant d'égoïsme inconscient. Nous nous regardions sans un mot par-dessus ses yeux vides. Les mains volettantes devant son visage, elle penchait sa petite tête fine d'oiseau accapareur, elle grignotait nos liens, s'introduisant dans tous les interstices du moment. Je ne me suis pas laissée faire, je n'ai plus de peur. Au-dessus de ses mots hachoirs à faire mal, j'ai opposé un refus, j'ai dit à quel point nous n'aurions jamais le même sens des convenances et que cela n'avait jamais eu d'importance et n'en aurait jamais. Que ce qui nous liait tous était ce mort, père, époux, frère jumeau, dont son mari était le reflet, la part restante. Nous nous sommes remis à parler de la Régence et de la mort de Louis XIV, il souriait, elle ne le voyait pas mais sentait qu'elle ne nous atteignait plus, qu'il était, pour une poignée à peine de minutes, hors de ces murailles qu'elle avait bâties autour de lui et qui nous ont tant éloignés. Ils m'ont raccompagnés jusqu'au métro, accrochés l'un à l'autre, indispensables, indissociables, nous ne pourrons jamais nous dire que nous nous aimons.

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 06:48

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Du gouffre sombre monte un froid glacial

Un vent coulis obsédant

De ce froid de la  vraie nuit des étoiles

Sans vie 

Hors du temps 

Hors du Mal ou du Bien

 

C'est pourtant bien là

De ce puit sans fond

Que jaillit sans raison

La lumière 

La chaleur et le don

 

A condition de ne jamais

Se retourner sur le vide

Ne pas ouvrir les portes

A l'obscurité

Ne pas nommer

Ce qui ne doit pas l'être

Ne pas montrer

Ce qui ne doit pas être vu

Ne pas livrer ce qui ne ferait qu'assourdir

La lumière des Autres

 

 

 

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 09:22

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Faut qu'on se parle

Faut qu'on se cause

Faut que tu me dises

Faut que je te raconte

Faut qu'on échange

Faut qu'on se mélange

Faut rien garder

Faut rien lâcher

Faut voir venir

Faut pas s'en faire

Faut s'éloigner

Faut se préserver

Faut s'engager

Faut se livrer

Faut pas flipper

Faut avancer

Faut continuer

Faut faire ensemble

Faut faire avec

Faut pas pleurer

Faut s'entraider

Faut s'embrasser

Faut se consoler

Faut s'enlacer

Faut se prendre la main

Faut se serrer les coudes

Faut se tenir chaud

Pour exister

 

 

 

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 13:03

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Un ami m'a envoyé ceci, récolte et compilation de mes

 

commentaires sur les textes de son site.

J'avais complétement oublié ces mots. Merci, Grand.

 

 

Croire et décroire
Ravauder l'âme ébréchée
Émerger du rêve
Au plein cœur de la nuit
Chercher la lumière
Et rencontrer le vide

 

Et si la solitude n'était qu'un silence serein où l'on peut entendre

le monde tourner sur lui-même ?
Ne plus chercher l'écho, ne pas chercher à mailler le silence,

ni même à le peupler,

juste l'apprivoiser et le savourer ?

 

N'attendre jamais du mot
Que ce qu'il peut donner
Bien rarement un pont
A tout prendre
Un miroir
Savoir que l'autre jamais
N'entendra le cri
Ni n'habillera la solitude
Qui est notre

 

Est-ce mentir que de se raconter des histoires,

comme on endort les enfants, avec tendresse et patience ?
Les réalités sont-elles plus belles que nos constructions d'imaginaires ?
A rêver ses espoirs, les moulins deviennent vraiment des géants,

les Dulcinées sont réellement belles et nous regardent

avec les yeux que nous attendons.

 

Les miettes de rêves éclatés
Irritent la peau
Trainent au fond des lits
Ressurgissent de sous les oreillers
Mais disparaissent
Au grand ménage de printemps
Du mois de septembre
On s'occupera de te fournir les éclats de rire
De ceux qui camouflent
Jusqu'aux fêlures des statues de cristal

Puis le cristal

 

 

Bleu ciel attardé
Ombres moites des rues chaudes
L'été s'accroche bien

 

 

 

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